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Tunis Med
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La Tunisie Médicale
0041-4131
2724-7031
Tunisian Society of Medical Sciences

Article
Effet du tabagisme sur le profil clinique et allergologique de la dermatite de contact
Effect of smoking on the clinical and allergological profile of contact dermatitisGaddour Asma 112
Sridi Chayma 113
Chouchane Asma 114
Moussa Amene 22
El Maalel Olfa 114
Brahem Aicha 114
Maoua Maher 114
Kalboussi Houda 114
Kacem Imene 114
Chatti Souhail 114
Mrizak Najib 114
1. Department of occupational medicine, Faculty of medicine of Sousse
2. Department of occupational medicine and occupational pathologies, Ibn El Jazzar hospital, Kairouan, Tunisia.
3. Department of occupational medicine and occupational pathologies, Sahloul Hospital, Sousse, Tunisia.
4. Department of occupational medicine and occupational pathologies, Farhat Hached Hospital, Sousse, Tunisia.
3 2023
05 3 2023
102 3 164169
2022
https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/ This work is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivatives 4.0 Unported License. To view a copy of this license, visit https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/
RESUME

Introduction: Plusieurs données cliniques et épidémiologiques pointent en faveur d’un lien possible entre l’exposition tabagique et la dermatite de contact (DC). Objectifs: Préciser les différences cliniques et épidémiologiques des DC chez les sujets tabagiques et non-tabagiques, et déterminer l’influence du tabagisme sur le profil allergologique de la DC. Méthodes: Étude rétrospective descriptive portant sur tous les patients qui ont consulté au service de Médecine du Travail et de Pathologie Professionnelle du CHU Farhat Hached de Sousse (Tunisie) durant une période de 8 ans pour exploration d’une DC et qui ont été testés à la Batterie Standard Européenne (BSE). Résultats: Au total, 767 patients ont été colligés au cours de la période d’étude dont 40% étaient tabagiques. Le groupe des tabagiques était caractérisé par une prédominance masculine (p=10-3) et une ancienneté professionnelle plus importante par rapport aux non-tabagiques (p=0.01). Les antécédents personnels d’atopie étaient prédominants chez les non-tabagiques (p=0,02). Parmi les allergènes de la BSE, il y avait une association significative entre le tabagisme et la DC due aux métaux (chrome, cobalt) et aux conservateurs. Après régression logistique binaire, les variables associées à l’exposition tabagique étaient le genre masculin (OR=12,12 ; IC 95%=[6,07 - 24,21] ; p=10-3), l’allergie au Kathon CG (OR=3,69 ; IC 95%=[1,24 - 10,81] ; p=0,018), et l’atteinte de la main droite (OR= 2,83 ; IC 95%=[1,29 - 6,17] ; p=0,005). Conclusion: Notre étude a révélé l’existence d’un effet du tabagisme sur les caractéristiques cliniques et allergologiques de la DC.

ABSTRACT

Introduction: Several clinical and epidemiological data point to a possible link between smoking exposure and contact dermatitis (CD). Aims: To identify the clinical and epidemiological differences of CD in smoking and non-smoking subjects, and to determine the influence of smoking on the allergological profile of CD. Methods: Retrospective descriptive study of all patients who consulted the Department of Occupational Medicine and Occupational Pathology of the Farhat Hached University Hospital of Sousse (Tunisia) during a period of 8 years for exploration of CD and who were tested with the European Standard Battery (ESB). Results: A total of 767 patients were enrolled during the study period, 40% of whom were smokers. The group of smokers was characterized by a male predominance (p=10-3) and a greater professional seniority compared to non-smokers (p=0.01). Personal history of atopy was predominant in non-smokers (p=0.02). Among the ESB allergens, there was a significant association between smoking and CD due to metals (chromium, cobalt) and conservatives. After binary logistic regression, the variables associated with smoking exposure were male gender (OR=12.12 ; 95% CI=[6.07 - 24.21]; p=10-3), Kathon CG allergy (OR=3.69 ; 95% CI=[1.24 - 10.81]; p=0.018), and right hand involvement (OR= 2.83; 95% CI=[1.29 - 6.17]; p=0.005). Conclusion: Our study revealed an effect of smoking on the clinical and allergological characteristics of CD.

Mots clés

Dermatite de contact
tabagisme
eczéma
patch-tests
allergie
Keywords

Contact dermatitis
smoking
eczema
patch test
allergy
==== Body
pmcintroduction

La dermatite de contact (DC) constitue un sujet d’actualité en constante évolution du fait du développement de nouveaux matériaux et substances chimiques, ainsi que des progrès de la recherche médicale (1).

Sa prévalence dans les pays industrialisés est de 1 à 10 % (2).

Elle représente la première cause de dermatoses professionnelles (3).

Il s’agit d’une affection inflammatoire chronique de la peau.

Le coût global et l’impact sur la qualité de vie des patients et de leur famille font de la DC un problème de santé publique (2, 4).

Les DC sont majoritairement deux grands types : les dermatites irritatives (DCI) retrouvées dans 80% des cas, et allergiques (DCA) notées dans 20% des cas.

Plus rarement, on retrouve les urticaires de contact et les dermatites de contact aux protéines (5).

Le diagnostic de la DC est tout d’abord clinique, basé sur les caractéristiques des lésions cutanées, couplé à une enquête détaillée qui oriente vers l’agent suspect et complété par des tests épicutanés, qui représentent la méthode de référence en dermato-allergologie, permettant d’identifier les allergènes responsables de la DC (6).

Certes, l’exposition accrue aux allergènes demeure le principal facteur de risque de la DC.

Cependant, plusieurs données cliniques et épidémiologiques pointent en faveur d’un lien possible entre l’exposition tabagique et la DC (4 ).

En effet, de nombreuses études ont montré que le tabac présente un effet immunomodulateur ayant un rôle dans la régulation des lymphocytes T (Th1) et des modifications des cellules de Langerhans (7–9).

Il pourrait également avoir des effets nonimmunologiques, en diminuant le flux sanguin au niveau de la peau avec une possible influence sur la réactivité vis-à-vis des tests-épicutanés (10).

Toutes ces constatations restent encore mal élucidées.

Des études plus approfondies sont nécessaires afin d’affirmer ces hypothèses.

Dans ce cadre, cette étude a été menée afin de préciser les différences cliniques des DC chez les sujets tabagiques et non-tabagiques et déterminer l’influence du tabagisme sur le profil allergologique de la DC.

méthodes

Type et population d’étude

Il s’agit d’une étude rétrospective descriptive portant sur tous les patients qui ont consulté à l’Unité de DermatoAllergologie du service de Médecine du Travail et de Pathologie Professionnelle du CHU Farhat Hached de Sousse (Tunisie) durant une période de 8 ans s’étalant de 2013 à 2020.

Les critères d’inclusions étaient les patients âgés de 17 ans et plus qui ont consulté pour exploration d’une DCA et ont bénéficié d’un patch test à la Batterie Standard Européenne (BSE).

Les dossiers médicaux non exploitables ou incomplets ont été exclus.

Méthodologie

Le recueil des données a été fait moyennant une fiche synoptique préétablie remplie à partir des dossiers médicaux des patients, et comportant les caractéristiques des patients (sociodémographiques : âge, genre, origine, les habitudes de vie (tabagisme, éthylisme...) ; professionnelles : profession, ancienneté dans le poste de travail, le secteur d’activité ; et cliniques : antécédents personnels et familiaux allergiques et non-allergiques,localisation et aspect des lésions cutanées, signes fonctionnels…) et les résultats des tests épi-cutanés.

Les patch-tests ont été réalisés conformément au protocole recommandé par l’International Contact Dermatitis Research Group (ICDRG) (6).

La lecture a été faite par un médecin du travail compétent en dermatoallergologie dans un délai de 48 heures, en classant les réactions en

• Négative : lorsque le tégument reste normal et sans aucune lésion décelable.

• Douteuse (? +) : lorsqu’il existe seulement un érythème.

• Faiblement positive (+) : lorsque l’érythème s’associe à une infiltration et parfois quelques papules.

• Fortement positive lorsqu’elle est codifiée (++): érythème, papules et vésicules ou codifiée (+++): érythème, infiltration, vésicules et bulles.

La poly-sensibilisation a été définie comme la présence d’un nombre de tests positifs ≥ 2 allergènes (3).

Définition de variables

L’évaluation du tabagisme actif repose sur un interrogatoire minutieux et le calcul du nombre de paquets-années (PA).

Le tabagisme passif est lié à l’inhalation involontaire, par le sujet non-fumeur, des courants latéral et tertiaire de la fumée de cigarette.

La population de l’étude a été divisée en deux groupes selon la consommation tabagique : ceux ayant une exposition tabagique (fumeurs de cigarettes ou de chicha ou exposés aux fumées du tabac) et ceux n’ayant pas d’exposition tabagique.

Analyse statistique

L’analyse statistique a été faite à l’aide du logiciel IBM SPSS version 25.0.

Pour l’étude descriptive, les fréquences et les pourcentages pour les variables qualitatives, ainsi que les moyennes, les écart-types et les médianes pour les variables quantitatives ont été calculés.

Concernant l’étude analytique, le test «t » de Student pour la comparaison des moyennes et le test Chi deux pour la comparaison des fréquences ont été utilisés.

L’étude de la liaison entre deux variables quantitatives a été effectuée en utilisant le coefficient de corrélation de Pearson.

Une régression logistique binaire multiple a été réalisée pour l’étude multi variée, avec comme variable dépendante, l’exposition tabagique, et comme variables indépendantes, toutes les variables ayant un niveau de significativité ≤ 0,2 à l’étude bi-variée et celles reconnues associées à la variable dépendante dans la littérature.

Le seuil de signification a été fixé à 0,05.

Considérations éthiques

La présente étude a obtenu l'approbation du Comité d'Éthique et de Recherche de l'Hôpital Universitaire Farhat Hached de Sousse.

La confidentialité et l’anonymat ont été respectés dans cette étude.

Résultats

Étude descriptive de la population

Au total, 767 patients ont été colligés au cours de la période d’étude.

Une légère prédominance féminine a été notée (56,3%).

La médiane d’âge était de 39 ans avec des extrêmes allant de 17 à 88 ans.

La tranche d’âge 21-40 ans représentait 51% des cas.

La majorité des patients était active (84,7%).

Les secteurs professionnels prédominants étaient le secteur de santé (12,6%), l’industrie textile (11,4%) et le secteur de construction (11,2%) (Tableau 1 ).

Tableau 1 : Répartition de la population d’étude selon le secteur d’activité

Secteur d’activité

	Nombre

	Pourcentage (%)

	
Santé

	82

	12,6

	
Industrie textile

	74

	11,4

	
Construction

	73

	11,2

	
Administration

	59

	9,1

	
Métallurgie

	46

	7,1

	
Service et hôtellerie

	44

	6,7

	
Industrie agro-alimentaire

	35

	5,4

	
Industrie mécanique

	35

	5,4

	
Coiffure

	20

	3,1

	
Peinture

	19

	2,9

	
Industrie du bois

	15

	2,3

	
Industrie chimique

	7

	1,1

	
Education

	7

	1,1

	
Commerce

	6

	0,9

	
Autres

	128

	19,7

	
Total	650	100	

L’ancienneté professionnelle médiane était de 10 ans avec des extrêmes allant de 2 mois à 49 ans.

L’exposition tabagique a été rapportée chez 40% des cas, avec un tabagisme actif rapporté chez 29,3% des patients.

La consommation moyenne du tabac était de 17,39±13,01 PA avec un maximum de 60 PA.

Parmi les cas étudiés de DC, 75 cas (10,3%) présentaient des antécédents d’atopie dans la famille et 251 cas (32,8%) rapportaient un terrain d’atopie personnelle.

La main était la localisation la plus fréquente de la DC (73,9%) (Tableau 2 ).

L’expression clinique de la DC était très polymorphe.

L’aspect érythémato-vésiculeux était observé chez la moitié des patients (50,3%) (Tableau 3).

La symptomatologie rapportée par les patients était dominée par le prurit (65,3% des cas).

Les patients rapportaient également la sensation de brûlure (25%) ou douleur (14,2%)

Tableau 2 Répartition de la population d’étude selon la localisation des lésions cutanées

Localisation

	Nombre

	Pourcentage (%)

	
Face

	324

	42,2

	
Cou

	54

	7,1

	
Tronc

	Thorax

Abdomen

	34

38

	4,5

5

	
Dos

	36

	4,7

	
Organes génitaux

	7

	0,9

	
Poignets

	46

	6

	
Avant-bras

	84

	11,7

	
Bras

	30

	4

	
Fesses

	12

	2,1

	
Cuisses

	41

	5,7

	
Jambes

	37

	5,1

	
Mains

	567

	73,9

	
Droite

	32

	4,2

	
Gauche

	15

	2

	
Les deux

	520

	67,8

	

Tableau 3 Répartition de la population d’étude selon l’aspect des lésions cutanées

Aspect des lésions

	Nombre

	Pourcentage (%)

	
Erythémato-vésiculeux

	362

	50,3

	
Erythémato-squameux

	248

	34,6

	
Fissuraire

	134

	18,7

	
Erythémateux

	125

	17,5

	
Suintant

	102

	14,2

	
Lichénifié

	72

	10,1

	
Kératosique

	64

	8,9

	
Dysidrosique

	38

	5,3

	

Les tests épicutanés étaient positifs chez 362 patients (58,9%).

L’intensité de la réaction positive était à une croix dans 33,1% des cas, deux croix dans 62,2% des cas et à trois croix dans 4,7% des cas.

Les allergènes les plus fréquemment retrouvés étaient les métaux représentés par le sulfate de nickel chez 200 cas (26,1%), le bichromate de potassium chez 166 sujets (21,6%) et le chlorure de cobalt chez 92 cas (12%).

Le tableau 4 expose l’ensemble des résultats des tests épi-cutanés.

Étude comparative tabagiques/non-tabagiques

Les patients tabagiques ont représentés 40% de l’ensemble de la population d’étude (Tableau 5).

Le groupe des tabagiques porteurs de DC était caractérisé par une prédominance masculine (66,6%) et une ancienneté professionnelle plus importante par rapport aux non-tabagiques (p=0,01).

Les antécédents d’atopie familiale et personnelle étaient prédominants chez les non-tabagiques avec une différence significative par rapport aux tabagiques (p=10-3 et p=0,02 respectivement).

Parmi les allergènes de la BSE, il y avait une association entre le tabagisme et la DC due au chrome (p=10-3), cobalt (p=10-3).

Nous n’avons pas noté d’association significative entre le tabagisme et la DC au nickel (p=0,42).

Chez les tabagiques, une prédominance de DC due au baume du Pérou (p=0,001), à la colophane (p=0,001), au Formaldéhyde (p=10-3), et au Kathon CG (p=0,042) a été observée.

Une association significative était également notée entre l’exposition tabagique et la DC due au Fragrance mix (p=0,009) et au Thiuram mix(p=0,01).

Il n’y avait pas d’association significative entre l’exposition tabagique et la poly-sensibilisation (p=0,1).

Après régression logistique binaire, les variables associées à l’exposition tabagique étaient le genre masculin(OR=12,12 IC95%=[6,07-24,21]; p=10-3), l’allergie au Kathon CG (OR=3,69 IC95%=[1,24-10,81]; p=0,018), et l’atteinte de la main droite (OR= 2,83 IC95%=[1,29-6,17] ; p=0,005).

Tableau 4 Répartition de la population d’étude selon les résultats des tests épi-cutanés

Bichromate de potassium (Chrome)

Néomycine

Thiuram mix

Budésonide

Cobalt

Benzocaîne

Formaldéhyde

Clioquinol

Colophane

Baume de Pérou

IPPD

Mercapto mix

Lanoline

Paraben mix

Paratertiaire phénol Formaldéhyde résine

Fragrance mix II

Quaternium 15

Nickel

Kathon CG

Mercaptobenzothiazole

Lactone mix

HMPCC

Primine

Pivalate de tixocortol

Résine époxy

PPD

Dibromodicyanobutane 0,3%

	166

46

85

53

92

59

71

46

79

87

59

60

61

58

52

80

54

200

83

62

51

1

50

49

61

50

3

	21,6

6

11,1

7,7

12

7,7

9,3

6

10,3

11,3

7,6

7,8

8

7,5

6,7

10,7

6,5

26,1

10,8

8,1

6,6

0,1

6,5

6,4

8

6,5

0,4

	

Tableau 5 : Etude comparative de la population tabagique et non tabagique

Caractéristiques

	Exposition tabagique

	p

	Oui (%)

	Non (%)

	
Effectif (%)

	307 (40)

	460 (60)

	-

	-

	
Caractéristiques socioprofessionnelles

	Moyenne d’âge

	
	41 ans

	40,1 ans

	0,36

	-

	
Sexe

	10-3

	Femme 84 (19,4)

Homme 223 (66,6)

	348 (80,6)

112 (33,4)

	
Profession

	0,005

	Oui 274 (42,2)

Non 33 (28,2)

	376 (57,6)

84 (71,8)

	
Ancienneté moyenne

	13,3 ans

	11 ans

	0,01

	-

	
Secteur industriel

	0,1

	Oui 138 (45,4)

Non 136 (39,3)

	166 (54,6)

210 (60,7)

	
Caractéristiques médicales

	Terrain d’atopie familiale

	
	30 (40)

	45 (60)

	10-3

	-

	
Terrain d’atopie personnelle

	86 (34,3)

	165 (65,7)

	0,02

	-

	
Caractéristiques cliniques de la DC

	Atteinte des mains

	
	236 (41,6)

	331 (58,4)

	0,12

	-

	
Atteinte main droite

	320 (58,3)

	232 (41,7)

	0,20

	-

	
Aspect érythémato-vésiculeux

	147 (40,6)

	215 (59,4)

	0,22

	-

	
Aspect érythémato-squameux

	106 (42,7)

	142 (57,3)

	0,07

	-

	
Aspect érythémateux

	38 (30,4)

	87 (69,6)

	0,04

	-

	
Caractéristiques allergiques de la DC

	Test épicutané positif

	
	151 (41,7)

	211 (58,3)

	0,10

	-

	
Intensité >=2 croix

	100 (41,3)

	142 (58,7)

	0,4

	-

	
Test positif au nickel

	80 (40)

	120 (60)

	0,42

	-

	
Test positif au chrome

	97 (58,4)

	69 (41,6)

	10-3

	-

	
Test positif au cobalt

	56 (60,9)

	36 (39,1)

	10-3

	-

	
Test positif au baume de Perou

	49 (56,3)

	38 (43,7)

	0,001

	-

	
Test positif à la colophane

	49 (58,2)

	33 (41,8)

	0,001

	-

	
Test positif au Thiuram mix

	45 (52,9)

	40 (47,1)

	0,01

	-

	
Test positif au Kathon CG

	42 (50,6)

	41 (49,4)

	0,042

	-

	
Test positif au Fragrance mix

	43 (53,8)

	37 (46,3)

	0,009

	-

	
Test positif au formaldhéhyde

	44 (62)

	27 (38)

	10-3

	-

	
Polysensibilisation

	105 (44,3)

	132 (55,7)

	0,10

	-

	

discussion

Au cours des dernières années, plusieurs études ont pu établir un lien entre l’usage du tabac et des affections allergiques cutanées.

Toutefois, cette relation demeure encore un sujet de controverse.

Ce travail a porté sur l’influence du tabagisme sur les caractéristiques cliniques des patients atteints de DC et leur réactivité cutanée aux allergènes des tests épicutanés de la BSE.

Le caractère rétrospectif de ce travail a permis d’avoir un recul de 8 ans.

Néanmoins, ce caractère rétrospectif de l’étude pourrait engendrer un biais de mesure.

En effet, certaines données socioprofessionnelles peuvent manquer aux dossiers, et influencer l’interprétation de certains résultats.

Cette étude n’a pas porté sur les patients qui n’ont pas consulté pour un eczéma de contact allergique ni ceux qui n’ont pas bénéficié d’un patch test.

Ainsi, deux effets peuvent être observés : une sous-estimation de nombre des cas de DCA durant la période d’étude et un recrutement des cas les plus atteints ayant probablement des réactions plus intenses.

Ceci pourrait entraîner un biais de sélection

La majorité des patients était des adultes jeunes appartenant essentiellement à la tranche d’âge 21-40 ans avec une légère prédominance féminine.

Ces résultats étaient relativement proches des résultats trouvés dans la littérature.

Dans l’étude de Hajjaji M en 2012 (11), portant sur 447 cas de DCA, l’âge variait de 5 à 84 ans avec une moyenne de 38,5 ans.

En Italie, une étude réalisée dans 22 hôpitaux différents portant sur 1586 cas de DCA, l’âge moyen était de 39,2 (12).

Une étude menée au Sud tunisien a montré que le genre féminin représentait 67,3% des cas de DCA (11).

Dans cette série, la main constituait la localisation préférentielle des DCA (73,9%) avec une atteinte majoritairement bilatérale.

Ces résultats concordent avec ceux rapportés dans la littérature (11).

En effet, les mains sont un site particulièrement vulnérable au développement de ces affections, du fait de la manipulation fréquente de divers produits irritants ou allergènes (13,14).

L’association entre la DC des mains et le tabagisme a été largement décrite dans la littérature (15,16).

Dans une étude menée en 2016 aux Etats Unis, un lien de causalité entre le tabagisme et la présence d’une dermatite active des mains a été établi.

Ainsi, on a proposé l’importance de considérer le sevrage tabagique comme étant un élément important dans la prise en charge thérapeutique de ces affections cutanées (17).

Les aspects cliniques érythémato-vésiculeux et érythématosquameux étaient les plus fréquemment observés dans notre étude. Les lésions cutanées constatées chez une série de personnel de santé porteurs de DCA étaient aussi dominées par l’aspect érythémato-squameux (18).

Dans notre étude, les tests épicutanés à la BSE pratiqués pour la totalité des patients étaient positifs dans plus de la moitié des cas (58,9%).

Les métaux étaient les allergènes les plus retrouvés.

Les allergènes les plus fréquents chez une série de 542 patients atteints de DC en Turquie, étaient également les métaux (13).

De même, une étude brésilienne sur les allergènes pertinents en cas de DCA, a montré qu’un tiers des patients avaient un test positif à un métal et que le nickel était le métal prédominant (19).

L’effet du tabagisme sur la DC a été largement décrit dans la littérature, mais non encore établi (20).

Dans une revue de littérature traitant l'association du tabagisme avec la DC, sept articles sur huit ont décrit une relation positive entre le tabagisme et la DC allergique et irritative.

Les auteurs ont conclu que le tabagisme pourrait être un facteur de risque essentiel à la fois pour ces deux types de DC (21).

Une autre revue systématique et métaanalyse a révélé que la DCA était associée au tabagisme actif et passif (22).

Les résultats de cette étude étaient en faveur d’une association significative entre la survenue de la DC et le tabagisme chez les patients sans antécédents familiaux ou personnels d’atopie.

De même, une étude réalisée sur 153 cas d'eczéma vésiculeux des paumes, a révélé une corrélation significative avec l’exposition aux fumées du tabac chez les sujets non-atopiques (23).

L’analyse uni-variée a montré une association statistiquement significative entre l’exposition tabagique et l’allergie cutanée au chrome et au cobalt.

Par contre, on n’a pas pu montrer cette association pour le nickel, qui est le métal le plus étudié dans la littérature

Deux études danoises publiées en 2003 et 2010 ont trouvé que la DCA au nickel était significativement associée avec une histoire de tabagisme antérieure ou actuelle (4,15).

Certains auteurs ont expliqué cette association par le fait que le nickel entre dans la composition du tabac.

Il pourrait ainsi stimuler la réaction allergique au nickel ce qui entraînerait une augmentation des cas de DCA (15).

Cependant, Meijer C. et al n’ont retrouvé aucune différence significative entre les fumeurs et les non-fumeurs quant à la fréquence de sensibilisation au nickel et au cobalt (24).

La relation entre le tabagisme et la DC due à des allergènes autres que les métaux a été évoquée dans la littérature, mais encore non clairement établie.

Dans cette étude, après régression logistique binaire, le kathon CG était le seul allergène de la BSE associé à l’exposition tabagique.

Une revue de littérature publiée en 2016 indique que le tabagisme pourrait avoir un effet sur une DC aux allergènes suivants des batteries standards : baume de Pérou, fragrance mix, formaldéhyde et kathon CG(25).

Cette étude n’a pas montré une association significative entre la positivité et l’intensité des réactions des patch-tests d’une part et le tabagisme d’autre part.

De même, Linnberg A. avait montré que la positivité des tests épicutanés n’était pas influencée par l’exposition tabagique (4).

Les preuves ci-dessus permettent de conclure à l'existence d'une association globale significative entre la DC et la fumée de tabac.

Comme la fumée de tabac exerce une influence négative sur le système immunitaire (25)(26), de nombreux auteurs pensent que cette influence peut s'étendre à la régulation des réactions immunitaires médiées par le T-helper, favorisant ainsi le développement d'allergies de contact (4,15).

La fumée de cigarette peut également avoir des effets non-immunologiques, tels que la réduction du flux sanguin vers la peau, altérant ainsi la réactivité des tests épicutanés (10).

conclusion

Notre étude a révélé l’existence d’un effet du tabagisme sur les caractéristiques cliniques et allergologiques de la DC.

D'autres études sont nécessaires pour mieux explorer le rôle et les mécanismes du tabagisme dans la survenue de la DC d’une part et de clarifier l'influence de la fumée de tabac sur l'apparition de la DC provoquée par d'autres causes d’autre part.

Ces analyses peuvent jouer un rôle crucial dans la promotion du sevrage tabagique en fournissant des avis d'experts et en sensibilisant le public aux effets délétères du tabagisme sur la peau.
==== Refs
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